Auteur :Thierry Horsin, Vice président du concervatoire national des arts et métiers et ancien président de la société de mathématiques appliquées et industrielles (SMAI).
Titre de la conférence : Votre domaine préféré des mathématiques est-il utile pour trouver un métier ?
Une question qui revient régulièrement est la place des mathématiques dans le monde socio-économique. Si l'opinion généralement partagée est qu'apprendre des mathématiques permet de faire des études d'ingénieur est évidemment de bon sens, elle cache l'apport réel des mathématiques hors du monde académique. De même, dire que les mathématiques comme langage des sciences et des techniques de l'ingénieur sont partout, donne une image très biaisée et limitée de la réalité. Les études d'impact des mathématiques réalisées récemment en France ou évoquée par le roi d' Espagne pour son pays lors d'ICIAM 2019 démontrent qu'elles sont un véritable atout économique. Étudier les mathématiques n'est donc pas uniquement se projeter dans une activité académique, d'enseignement ou de prestation de service du métier d'ingénieur mais bel et bien une manière de rentrer dans le monde socio-économique autrement que dans une vision trop couramment répandue. S'il est très vraisemblable que s'orienter sur les statistiques, les sciences de la donnée, l'optimisation permet d'intégrer le monde de l'entreprise facilement, on aurait tort d'imaginer que ce sont les seuls domaines qui ouvriront ces portes là. Ils sont par ailleurs loin d'être des domaines faciles des mathématiques, contrairement à des idées fréquemment reçues. On aurait aussi par ailleurs tort de dire que ces domaines relèvent de l'informatique exclusivement, même si l'intelligence artificielle bouleverse le paysage actuel. Soutenir une thèse en mathématiques, c'est prouver une capacité de concentration, de combat face à la difficulté et de prise de hauteur. Ce n'est pas tant le sujet de la thèse qui est en jeu que la personnalité scientifique dont peuvent être friandes les entreprises. Aucun emploi ne se prend sans une formation au sein de l'entreprise. Un ou une titulaire d'un doctorat sera sans problème capable de s'y astreindre, mais la personnalité du chercheur sera un véritable atout pour avoir non pas un métier où l'on fait des mathématiques (même si ça peut être le cas) mais un métier que l'on peut faire parce qu'on a étudié les mathématiques. Être au service de l'industrie, c'est aussi savoir l'éclairer par la recherche, y compris en mathématiques.